YOGI(NI)s vs YOGI(NI)s

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Juste une photo … 

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Que voyez-vous ici ?
Attention, car votre réponse n’est pas anodine.
Elle va en quelque sorte déterminer quel(le) « yogi(ni) » vous êtes.

Février 2016, devant l’une des portes du Taj Mahal
– monument froid fait de granit blanc qui fait la joie touristico-capitaliste de l’Inde -,
je fais Mayurasana, la posture du paon.

Deux visions, deux lectures possibles qui permettent de constater
ce sur quoi se fixe votre intérêt et votre importance à cette posture.

Deux considérations qui déterminent si vous êtes plutôt
un(e) « yogi(ni) acrobate » ou un(e) « yogi(ni) thérapeute ».
L’un va regarder la levée du corps, l’autre le placement des coudes.

YOGI(NI) ACROBATE ( ou s’auto-proclamant aussi acro-yogi(ni)s )

Dans ce nouvel air qui cumule le pouvoir de l’image et la mode du yoga, vous n’avez pas pu échapper aux impitoyables « yogi(ni)s circus » qui adorent faire des handstands (la posture sur les mains) ou qui considèrent des portés de gym comme du yoga, qu’on nomme d’ailleurs « acro-yoga ».

Attention, il n’y a rien de péjoratif à aimer le yoga pour en faire « du cirque » – comme disent aujourd’hui les journalistes -, c’est à dire en faire un phénomène d’exhibition et de l’utiliser pour tester ses limites, et celle de l’apesanteur. Ce n’est pas nouveau, les sadhus sont d’ailleurs les ancêtres de cette « caste de yogis ».

Encore aujourd’hui, ayant fait le choix d’être sadhus et donc de renoncer à tout confort, vie sociale et richesse, ils doivent mendier comme le font les fakirs sur leur tapis de pointe ou les charmeurs de serpents. Ils exhibent leur corps couverts de cendres et s’expose publiquement à travers des postures de yoga.

Image associée

Dans ce choix de vie, beaucoup de sadhus veulent aussi repousser leur limites afin d’obtenir des siddhis, les pouvoirs surnaturels promis par les dieux et surtout Shiva aux yogis assidus (pour les siddhis, voir précédent post ICI ). Ainsi ils peuvent tester leur limite aussi en tentant jour et nuit pendant des semaines, des mois, des années sur une seule jambe, un bras levé, suspendu à une branche d’arbre, …

Tester ses limites et s’exhiber n’est donc pas un phénomène moderne et « anti-yoga », il s’inscrit même dans l’histoire du yoga – même si depuis le XIXe siècle, un groupe de puristes (les héritiers de Krishnamacharya) a mis en avant les austérités de Yama, établissant ainsi des dogmes, dont celui de ne jamais s’exhiber, contraire au principe du yoga de tuer l’égo.

 

YOGI(NI) THERAPEUTE ( ou s’auto-proclamant aussi thérapo-yogi(ni)s )

Souvent combiné à l’Ayurveda, le yoga peut être aussi considéré comme une pratique thérapeutique pour se faire du bien, voire pour se soigner. Ainsi chaque posture, chaque méthode de respiration (pranayamas) ou de nettoyage (kriyas) sont répertoriées selon ses bénéfices sur le métabolisme et la santé. C’est la considération, voir la conception du thérapo-yogi(ni).

Cette vision n’est pas non plus nouvelle, c’est un héritage direct des textes védiques et de la philosophie ancienne du Samkhya. Elle se rapproche plus des brahmanes qui avaient une connaissance (veda) des méthodes d’ayurveda, de massage, des plantes médicinales, et parfois du yoga.

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La posture n’est donc pas la méthode unique et principale pour soigner ici, elle a donc une valeur moindre. Surtout ici la vision est holistique, la posture physique n’est qu’un élément, il faut y ajouter aussi les postures psychiques et spirituelles.

On ne sait pas quand réellement l’Ayurveda a intégré la pratique du yoga, ces deux arts de vivre étant proches – mais pourtant différents sur de nombreux points. Pour exemple : le yogi préfère les aliments crus, tandis que l’adepte de l’Ayurveda recommandera plutôt les aliments cuits.  Krishnamacharya, maître de Jois ou Iyengar, fut l’un des plus connus yogis à établir des « programmes » de postures et méthodes de respiration à but spécifique de soin : pour problèmes nerveux, endocriniens, …

ACRO vs THERAPO 

Voici dons deux approches différentes du yoga : l’une en exhibition, l’autre plus en inhibition et introspection. L’une repose sur la pratique répétée et exigeante qui tente de repousser sans cesse les limites physiques, l’autre sur l’étude et la connaissance qui tente de repousser sans cesse les pathologies.

Il n’y a pas une approche plus mauvaise ou meilleure que l’autre. Cependant la considération à la pratique et surtout la transmission vont s’encrer dans des concepts différents, voir opposés.

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L’acro-yogi(ni) recherche par la posture une forme de performance, de mise en avant de cette performance, à travers un parcours évolutif pour arriver à une posture ou un enchainement de posture, avec une envie d’aller toujours plus loin encore.

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Le thérapo-yogi(ni) recherche par la posture l’incidence bénéfique sur le métabolisme du pratiquant, une ordonnance de méthodes qui puissent travailler profondément sur le bien-être.

MAYURASANA

Mais revenons à cette photo … et à cette posture qui n’est pas choisie par hasard.

L’image contient peut-être : intérieur

Ceux qui considèrent la levée des jambes et pieds, l’inclinaison du corps, voir son élévation par rapport au sol, sont des acro-yogin(ni)s ou des novices qui sont juste séduis par l’aspect spectaculaire. Ceux qui considèrent le placement des coudes qui doit être pile sur l’estomac pour en retirer les meilleurs bénéfices sont des thérapo-yogi(ni)s.

Personnellement j’ai toujours fait partie de la seconde catégorie, ayant appris le yoga à travers la voix salvatrice et n’ayant rencontré les « postures acrobatiques » du yoga qu’après quelques mois de pratique. Aujourd’hui, il n’est pas rare qu’une posture sur la tête ou sur les mains ou des gens se portant les uns les autres dans les parcs suscite un attrait pour le yoga, alors complètement ignoré.

En effet, Mayurasana – le paon – est bien plus qu’une pose de yoga impressionnante, c’est une posture thérapeutique. Pourquoi s’appelle-t-elle donc ainsi ? Le Paon ? Le savez-vous ?

Résultat de recherche d'images pour "mayurasana"Si vous observez les coudes repliés sous le torse, ils appuient fortement sur l’estomac, stimulant ainsi le système digestif en augmentant Agni le feu digestif, permettant ainsi l’élimination d’Ama (toxines). Le paon est reconnu, en Inde, pour sa capacité à manger des serpents, des scorpions et autres insectes toxiques, et à en digérer les poisons sans risque.

C’est pourquoi il est indiqué de pratiquer le paon en cas d’une digestion faible ou l’ingestion d’aliments toxique, voir de poison. En plus de tonifier la digestion, cette posture redonne de l’énergie, augmente de la circulation sanguine dans tous les organes abdominaux, renforçant estomac, rate, pancréas et foie, diminuant l’acidité dans le sang, et renforçant aussi les poignets, les coudes et les épaules.

 

Il est contre-indiqué en cas de problèmes de poignet, de coude ou d’épaule, de grossesse, d’ulcère, d’hernie, de maladie cardiaque, d’infections sur la zone ORL, de problèmes d’irrigation cérébrale ou d’hypertension artérielle.

yoga poses to lose weight

Ces deux considérations résument assez bien les deux facettes d’une même pièce et les deux catégories des yogi(ni)s d’aujourd’hui. Bien sûr, beaucoup de pratiquants de yoga se retrouvent dans ces deux considérations, mais nul ne peut être les deux en même temps.

Même si l’exhibition est considérée comme une forme de dérive car contraire à certains dogmes du yoga (si tenté qu’on veuille bien reconnaitre que le yoga s’inscrit dans des dogmes comme les religions modernes), la forme thérapeutique peut avoir aussi de dangereuses dérives.

L’illustration ci-dessus sur « neuf postures de yoga pour perdre du poids » est un bon exemple de la dérive thérapeutique, car la perte de poids passera beaucoup plus par l’alimentation ou les respirations pour activer le métabolisme et ainsi éliminer plus vite les masses graisseuses, que des postures.

Quoiqu’il en soit, il est toujours important de rechercher ce qu’il y a de bon ou de néfaste derrière le beau ou le spectaculaire, d’avoir le regard thérapeutique derrière le regard acrobatique, car le principe de base du yoga est d’être toujours attentif à s’établir dans une démarche d’émergence et de préservation du bien-être.

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Mettre tout le poids de son corps sur l’articulation de ses poignets et de ses seules mains de façon répétée n’est-il pas néfaste sur le long terme ? Pareil pour les cervicales avec l’équilibre sur la tête ? Ou même encore la répercussion du choc sur les orteils à chaque saut en arrière lors des salutations au soleil ? Ne faut-il pas considérer sa pratique sur le long terme ? Y injecter plus de douceur, d’attention, de projection dans le temps … Les styles de yogas modernes, très dynamiques, comme ils pullulent dans les salles de yoga et de fitness occidentales, ne sont-ils pas une bombe à retardement ? N’y-a-t-il pas une génération de yogi(ni)s qui proclamera d’ici quelques années : « le yoga m’a blessé, ma imposé des blessures irrémédiables ».

Image associée

Aussi considérez votre pratique, avant qu’elle ne vous soit néfaste.

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