SIDDHIS, ou la part surnaturelle du YOGA

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Dans la culture du yoga, on oublie souvent les anciens principes car trop spirituels ou trop éloignés de notre réalité, c’est le cas des Siddhis – les pouvoirs surnaturels qu’on obtiendrait grâce à la pratique du yoga. Ressusciter régulièrement au cours de l’histoire de l’humanité, les siddhis comme les miracles du monde religieux doivent faire front à l’évidence implacable de la science toujours plus grande et forte dans ce monde moderne qui met le spirituel et la magie à mal, au point qu’on pourrait les croire éradiqués. Et pourtant …

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Yoga / Siddhi – Yogi / Siddha

Le yogi qui obtient ces siddhis, terme sanskrit traduisible par « accomplissements », devient alors un siddha. Dans les Yoga-Sutras, Pantajali énonce cinq origines possibles des siddhis : par la naissance (janma), par la consommation de plantes (auṣadhi), par l’ascèce (tapas), par les mantras ou encore le Samâdhi. Discipline, pratique, hérédité, dévotion et nutrition sont donc de mise. 
Il y a les huit pouvoirs physiques et les trente autres, subsidiaires. Ces pouvoirs surnaturels sont pour exemple : rétrécir aussi petit qu’un atome (animâ), devenir très léger – ce qui induit des postures d’équilibre et surtout la fameuse lévitation – (laghima), devenir très grand (mahimâ), devenir très lourd (garima), se transporter dans n’importe quel lieu et à n’importe quelle époque (prapti), voir tous ses désirs s’accomplir (prâkâmya), contrôler les esprits et les éléments (vashitva), avoir la suprématie divine (ishitva), ou encore le dernier la satisfaction totale (kâmâvasâyitâ) quand on a eu les trente pouvoirs dont connaissance du monde céleste, de la mort, des planètes, du mouvement des étoiles, les visions d’être surnaturels …
Ainsi le simple pratiquant devient un magicien, un sur-être avec tout ce que ça peut comporter de fascinant. Les sadhus sont d’ailleurs l’incarnation même de cette identité, de celui qui renonce pour obtenir sa dimension surnaturelle. Mais le yogi d’aujourd’hui est-il dans le renoncement ?

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Des Théosophes aux Hippies 

Les Siddhis ont fasciné la Société Théosophique dont la créatrice, l’extravagante Helena Petrovna Blavatsky, se disait elle-même investie de nombreux pouvoirs. Les siddhis sont d’ailleurs la cause même des théosophes, communauté qui s’est créée dans le seul but de travailler à la transcendance l’être humain par l’éclosion de ses pouvoirs surnaturels possibles – ces trois principes étant de former une Fraternité Universelle de l’Humanité, sans distinction de race, de sexe, de niveau social ou nationalité, de faire une étude comparée des Religions, des Philosophies et des Sciences, et surtout d’étudier les lois inexpliquées de la Nature et les pouvoirs latents dans l’Homme.

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La Société théosophique a pour devise :  » Aucune religion n’est au-dessus de la Vérité  » – préférant miser sur la part surnaturelle intrinsèque de l’humain que celle des théories religieuses. Parmi ces membres éminents, on retrouve Thomas Edisson, le duo Rudolf Steiner et Ita Wegman qui ont créé la marque Weleda, Annie Besant à qui l’on doit la théorie de l’Age du Verseau (Age of Aquarius) qui sera repris par les hippies, sans oublier Krishnamurti qui sera endoctriné adolescent, et considéré comme leur nouveau messie, avant de dissoudre cette société et de leur affirmer qu’ils sont dans l’erreur – il passera le reste de sa vie à combattre la pensée même de la spiritualité et du conditionnement.

D’ailleurs il est étonnant de voir que les membres imminents, mis à part Krishnamurti, étaient tous des intellectuels occidentaux, mais que leur quartier général était établi à Chennai en Inde – Gandhi lui-même a été très influencé par cette communauté, et il confia d’ailleurs :  » La théosophie est la fraternité des hommes. C’est l’hindouisme dans ce qu’il a de meilleur « , déclarant également que sa rencontre avec les théosophes éveilla en lui sa mission de libérateur de l’Inde.

Fondée en 1875, dans les pas du spiritisme fondé lui en 1857 par Allan Kardec, il est drôle de voir qu’un siècle plus tard, au cours des 60s et surtout 70s, les hippies vont rallumer la flamme des croyances transcendantales et de la part surnaturelle de l’humain. C’est d’ailleurs à cette époque que va naître un autre phénomène qui fera la part belle aux siddhis : Star Wars.

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Que la force soit avec toi

Cette superstition du pouvoir par la discipline et la pratique (on occultant les liens du sang, quoique) a été très bien repris d’ailleurs par Star Wars – produit cinématographique des 70’s ! Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que la saga, en plus d’emprunter l’identité du Yogi pour en faire un Jedi, est truffée de noms empruntés au sanskrit : padawan : élève, yod’dha : guerrier, padmé : fleur de lotus, etc … 

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Il ne faut pas occulter ni minimiser l’incidence spirituelle qu’a pu avoir ces films sur des générations quand à la considération de pouvoirs surnaturels chez l’homme. C’est d’ailleurs à cette époque que les bande-dessinées de Marvels Comics remportent un gros succès (même si trente ans plus tôt les DC Comics charmaient déjà les esprits), l’âge d’argent dit-on, avant d’entamer l’âge d’or à travers le cinéma : Superman avec Christopher Reeve arrivera en 1978 et ouvrira le bal à de nombreux films de Super-Héros jusqu’à nos jours – Spiderman, les X-men, … 

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Le « mutant » (super héros ou non) est alors un être qui a des pouvoirs qui font de lui un sur-être et dont le fantasme implique une valeur sacrée, voir divine car par la force de son pouvoir, on le remarque, il brille. Rappelons nous ici, qu’étymologiquement le mot Dieu (en sanskrit : devah, en grec : dios, en latin : deus – qui donnera diem d’où viennent les termes liés à jour : dies, day, diary, diurne, …) signifie « briller ».

Ainsi briller aux yeux des autres par ses apparents pouvoirs, donne à l’être qui s’expose une part divine, une surestime de lui par les autres – le principe même qui amplifie l’égo, détruisant le sentiment d’alter-égo aux autres. Ainsi l’exhibition des postures n’est-elle pas contreproductive à la notion du yoga qui est de tuer l’égo ? Terrible dilemme, car ne pas exhiber le yoga, c’est ne pas le présenter, le proposer et revenir à l’âge ancien où seule une élite s’adonnait à cet art, cachés dans les bois ou dans des ashrams. Que doit-il faire le yogi ? Et que se passe-t-il si il ne s’expose pas ? Il ne brille plus alors ?

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Yogi Moderne – Sur-être Spirituel ou Surenchère de l’égo ?

A coup d’acrobaties et de postures difficiles (comme le fameux handstand, la posture d’équilibre sur les mains, nouvelle super-posture obligée, sans oublier l’hypersouplessse du contorsionniste qui met sa tête dans son cul), ou encore de nouveaux concepts de yoga (ah bon c’est du yoga ça ? ah ok) : on tente de briller à travers le yoga quitte à éteindre petit à petit l’un de ses principes qui est de tuer l’égo. 

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Dans notre monde moderne de la consommation où l’image est l’arme première, internet est inondé de ces photos et vidéos de yogis qui enseignent (yogis super-stars comme on dit aux US). Le simple yogi devient alors un magnifique siddha, un sur-être qui défie les lois de la gravité et de l’anatomie humaine, c’est un magicien qui attire l’attention, qui brille – c’est un dieu moderne.

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On admire. On s’émerveille … puis on écoute cette petite voix qui sommeille en chaque âme de yogi : « Euh … mais ça ne te dérange pas un peu quand même tout ça ? Cette surenchère n’est-elle réellement pas en train de détruire les principes premiers du yoga ? » Tuer l’égo, véhiculer une discipline de bien-être et non de sur-être, une pratique qui fait du bien à ton corps en le préservant en bonne santé (car l’art de la contorsion c’est quand même l’art de la destruction des cartilages, la dame qui met sa tête dans son cul : ses disques intervertébraux et l’état de son corps à 40/50 ans, on en parle ? Et sans aller aussi loin, les blessures irréversibles dont en grande partie au niveau des genoux chez de nombreux yogis passés un certain âge : on en parle ?), prôner un art de vivre accessible à tous (l’affichage constant de postures difficiles n’ont-elles pas d’effets néfastes sur les mentalités en décourageant certaines personnes qui vont se détourner de cette discipline ou donnant l’image d’un yoga désincarné de son aspect spirituel pour le réduire qu’à de la gymnastique de haut-vol ?), … Puis une autre voix surenchérit : « En même temps le yoga doit être beau, les postures sont belles, c’est bien aussi de montrer qu’avec du travail sur son corps on peut aller loin et se dépasser  » – une forme de transcendance donc ? Le fait est que cela pousse à la réflexion.

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« Faire absolument des postures difficiles n’est pas un but en soi.
Le yoga c’est dépasser ses acquis et non détruire son corps. »

Quoiqu’il en soit le yoga, pour s’adapter à ce monde moderne a dû renier certains de ses principes (aparigraha : la non-possession de biens matériels ou encore la dévotion à un Dieu) et le yogi-enseignant aussi. Soyons honnêtes, tout ça, c’est aussi dans un but précis : l’argent. Lui aussi c’est un super pouvoir non ? Car la vidéo, la photo, le twitt, le post : c’est aussi pour attirer, pour faire vendre le nouveau tapis, les nouvelles fringues ou l’enseignant qui tente juste de capter l’attention pour attirer des gens à son cours ou à son prochain atelier. Aujourd’hui le yoga est un business, quitte à désoler les puristes. Mais le yogi, parce qu’il enseigne en contre-partie d’argent perd-il de son âme ? Autrefois celui qui transmettait le yoga était brahmane, vivant comme un ascète, puis il fut un enseignant avec son propre centre, souvent aider financièrement par un maharaja, aujourd’hui c’est un busnissman/girl … Il faut vivre avec son temps – quitte à tomber dans la surenchère des nouveaux concepts à-tout-va (yoga nu, yoga aérien, yoga acrobatique, yoga avec chiens, yoga sur dos de cheval, yoga sur surfboard, sur barre de pole-dance, yoga en rave party ou dans un bar à bières tout en consommant, …) où la notion de yoga est très approximative, voir inexistante – mais du moment que ça fait du buzz sur le net, que ça fait rire ou étonne, et surtout que les gens payent pour en faire : welcome (car ici on ne connait pas « namasté ») !

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Et peut-être qu’au fond ces fameux siddhis sont bien réels – il y a aujourd’hui des enseignants de yoga qui deviennent célèbres « devenir très grand – mahimâ », à l’image du gourou d’antan, ils deviennent des gourous modernes, d’autres encore qui arrivent à réunir des dizaines, voir des centaines de personnes pour une pratique, et même convaincre des non-pratiquants à devenir de réels aficionados au yoga en quelques mois – « contrôler les esprits – vashitva », … Peut-être au fond que c’est le yoga le réel pouvoir par la force magnifique du lien, le yoga est siddhi / accomplissment.

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L’homme a toujours eu un inépuisable besoin de croire, de magie et de briller – l’enfant qui sommeille en chaque yogi(ni) et qui lui fait croire à la dimension surnaturelle de ce monde en fait un(e) siddha ne serait-ce qu’à travers le moindre souffle, le moindre effort, la moindre transmission d’un savoir ou d’une pratique, qui sont déjà le vrai pouvoir de la vie. Et au fond de soi, il y a cette petite voix qui dit : « le yoga est magique non ? »

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